MEMOIRE DE LA TERRE
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Titre

 

 

Thierry Goguel d’Allondans et Valérie Béguet (dir.), Traditions orales du Congo-Brazzaville. L’usage de la parole chez les Koongo, Téraèdre, 2013, 100 p., 17,50 euros.

 

     Le Congo a du pétrole, Goguel et Béguet ont des idées. Des ethnologues patentés, non oublieux des leçons de Georges Balandier, décident de faire œuvre pie pour servir aux générations montantes aussi bien qu’aux curieux d’africanisme. J’ai l’impression que s’ouvre une nouvelle ère : celle de l’ethnologie pour tous. Et de la belle, sous le label Téraèdre. D’emblée est annoncée la visée pédagogique et la clientèle visée. La collection Les enfants écrivains de la brousse (ceux-ci incités à recueillir les traditions orales) s’inscrit dans une visée de mémoire de la terre et de développement. Elle bénéficie de la caution scientifique de l’Unité mixte de recherche dirigée par Pascal Hintermeyer. Ce livre-ci doit aussi beaucoup d’informations aux enseignants, ecclésiastiques, écrivains sollicités sur les lieux, aux mamans chantant des berceuses, à Adolphe Tsiakaka présentant la fête des jumeaux, à Auguste Miabeto expliquant la relation à l’oncle maternel, etc.

     Ah ! Que j’aimerais être dans un collège de Brazzaville pour faire la lecture de ce qui, sous le couvert des traditions orales, présente tout ce qui relève de la parole : l’histoire et la géographie en excellente synthèse, le matrilignage, la vie quotidienne, les rites, les contes, etc. Non seulement c’est du sérieux, du fouillé, du précis, mais aussi de l’attrayant.

     Un artiste a mis en page cette ethno-géographie dans un format oblong adapté à l’horizon de l’équateur, comme aux groupes de cases et de jeunes, ainsi qu’à la lecture de cette partition quasi musicale : hymne national, chants de circoncis, ouah-ouah des chiens de Ngoya, joutes oratoires autour de proverbes. A côté de jolies photos en couleur, on découvre quelques ornementations fascinantes du lièvre et du léopard. Quant aux feuilles végétales stylisées comme entours des pages, elles évoquent les gouaches découpées de Matisse, dans un festival de vert, de jaune ou de noir (presque des taches de Rorschach). Un chef d’œuvre de présentation ! A l’esthétique, l’ouvrage joint l’éthique, celle du faire coutumier et du dire qui incite à bien vivre.

     Le contenu s’articule ainsi autour de la parenté matrilinéaire certes, mais encore de tout ce qui fait le quotidien, l’originel, les principes éducatifs, les initiations, ce dernier thème déjà bien documenté dans Les rites de passage (Québec, Université Laval, 2002) de Thierry Goguel d’Allondans, enseignant à l’Université de Strasbourg. Docteurs du cru, eux, les nganga s’y connaissent en médecine traditionnelle, les ndoki en sorcellerie (maléfices, envoûtement) ; quant aux nkisi, ce sont des fétiches manipulables et redoutables ; bien sûr sous le regard de l’être suprême Nzambi. Rien à voir avec les zombis des Antilles, à moins que l’esclavage n’ait transporté en déformant. Dans le Mboongi (case à palabre, école de brousse), les jeunes garçons initiés apprennent à ouvrir les coffres du discours : savoir des anciens, représentations du monde, généalogies. A l’école (on sait que le Congo est un des pays d’Afrique où l’on parle et écrit le mieux le français), on pourra lire les 30 pages de contes et proverbes souvent savoureux. En bas de page : l’éveil de la curiosité par une question, un exercice, une devinette !

     Il est sûr qu’avec un ouvrage de ce style et de cet attrait, la petite « chenille » qu’est le nouveau-né du Congo va se métamorphoser par l’école en homme et en citoyen. Il sera rené symboliquement, saura la parole du juge coutumier et ne manquera pas de pratiquer les rites de compensation matrimoniale, d’alliance puis de deuil, qu’il aura appris de ce blanc d’Allondans avec l’assistance sociale de cette chanteuse (non pleureuse) de Béguet, qui ont eux-mêmes écouté le concert des grands auteurs congolais et des sages maîtres d’école. Edouard Herriot en exergue force la note: « La tradition, c’est le progrès dans le passé ; le progrès, dans l’avenir, ce sera la tradition » ; toujours est-il que l’ethnologie devient désormais lisible par tous et stimulante pour ceux, entre autres, qui mènent des projets identiques à Mayotte, au Cameroun et à Madagascar.

     Claude Rivière

 

 

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Thierry Goguel Ethnologue

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